Électroconvulsivothérapie. l'ECT
Au coeur de l'action :
Allongez-vous Monsieur. Vous ne sentirez rien et vous aurez déjà oublié ce qu'il vous sera arrivé. Le patient pose son dos sur le lit blanc du bloc. Avalez cela Monsieur. Le patient boit son verre d'eau après avoir mis dans sa bouche quelques cachets.
Deux électrodes lui sont appliquées sur les tempes droites et gauches du crâne, une serviette est enfoncée dans sa bouche pour protéger ses dents ainsi que sa langue. On lui injecte un relaxant musculaire qui l'empêchera de convulser trop violemment. Et le médecin maitient la machoîre très fermement. Les autres font de même sur les bras, les jambes.
Le psychiatre règle la décharge et presse le bouton. Le «choc» dure deux dixièmes de secondes. C'est déjà assez pour court-circuiter le système neuronal. Monsieur est maintenant endormi et inconscient.
Nous observons de légers spasmes : son corps frémit et ses pieds s'agitent légèrement. Imaginez la scène sans anesthésiant ? Les convulsions régulières auraient déjà assomé toutes les personnes aux alentours. Le calme -interne et externe- revient quatre secondes plus tard. Dans une heure, Monsieur retrouvera la boussole.
Ce principe affirme qu'une crise d'épilepsie pourrait remettre les paramètres psychiques "à zéro". Une pleine dépréssion serait résolue, idées noires disparues, paranoïa inconnue.

Une histoire sombre pour un présent sûr :
Avant l’émergence des psychotropes (antidépresseurs, etc.), la médecine se trouvait bien démunie pour soigner les « aliénés » s’entassant dans les asiles. Parmi les tentatives, on expérimenta des thérapies pharmacologiques inusitées (coma insulinique, métrazol, etc.) visant à produire un coma ou une convulsion afin d’amener les sujets aux portes de la mort pour les soigner. Malheureusement, ces méthodes se sont avérées trop nocives, voire mortelles. Nous nous situons avant 1930.

Avant 1930, les psychiatres n'avaient aucun traitement efficace pour
soigner les malades qui croupissaient dans des hôpitaux pour fous à lier
et dans ce contexte, les électrochocs ont été perçus comme une véritable
révolution.
Dès 1938, cette technique fut appliquée à tout-va, et ce, pour bon nombre de pathologies sans grande restriction. Bien plus qu’un souvenir pénible, l’extrême violence des crises convulsives musculaires induites par les électrochocs, réalisés à l’époque sans anesthésie et sans relaxant musculaire, laissait des traumatismes physiques irréversibles : fractures, luxations, tassements de vertèbres et arrachements ligamentaires ou tendineux. Que l’évocation des électrochocs, symbole d’une technique inhumaine et barbare, frappe encore l’imaginaire, n’est pas étonnant !
D’après l’une des hypothèses actuelles, l’action thérapeutique de cette méthode résulterait non pas de la convulsion elle-même, mais de la réponse anticonvulsive du cerveau, qui, pour combattre la crise, libèrerait des neurotransmetteurs induisant une plasticité neuronale dans le cortex préfrontal. Pour faire simple et court : pour combattre la crise épileptique, causée par les electrochocs, le cerveau fabriquerait une substance, se déplaçant entre neurones, pouvant avoir un effet antidépréssif.
Un jour où il visitait un abattoir, un neuropsychiatre italien, Ugo Cerletti (1877-1963), constata que les porcs électrisés convulsaient et tombaient inconscients. Ceux qui n’étaient pas tués par le boucher reprenaient conscience après quelques minutes. Il inventa alors la thérapie par électrochocs, destinée à produire une convulsion dans le cerveau par le passage d’un courant électrique.
La pratique de l’ECT fut pendant une longue période, un temps d'expérimentations où les psychiatres tatônnaient et testaient. Jusqu'à aujourd'hui, elle a beaucoup évolué, favorisant davantage le confort et la sécurité des usagers, mais son efficacité aussi a changé. En 1950, l’ECT modifiée apparaît :
anesthésie générale de courte durée (en moyenne quinze minutes), administration d’un relaxant musculaire, oxygénation et surveillance constante des signes vitaux. Tout est différent ! L’ECT est de nos jours extrêmement sécuritaire, non invasive et indolore.

Actuellement, l’énergie électrique nécessaire est déterminée en fonction de l’âge de l’individu sans prendre en compte les autres facteurs (genre, médicaments, etc.) qui font varier le seuil convulsif.

Ainsi décrite, l’ECT semble un traitement banal. Pourtant,
elle reste une thérapie de dernier recours administrée selon des
indications bien précises. Aujourd’hui, elle est proposée uniquement aux patients souffrant de dépression majeure, de certaines formes de maladie bipolaire ou de schizophrénie lorsque les traitements habituels, comme la médication et la psychothérapie, ont échoué ou sont contre-indiqués, ou encore, lorsque la vie des patients est fortement menacée à court terme. Comme toutes les médications psychiatriques existantes, l’ECT ne fonctionne que chez certaines personnes. Les antidépresseurs aident 60 à 70 % des patients tandis que l’ECT soulage 60 % des personnes qui n’ont pas eu de résultats avec les médicaments.
Les électrochocs semblent donc, malgrès leur nom barbare, constituer le traitement antidépresseur le plus efficace et sauvent ainsi des vies.